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Le taux d’emploi, clé du redressement de nos finances publiques

Une étude de la Direction générale du Trésor évaluait récemment l’impact pour les finances publiques d’un alignement du taux d’emploi français sur celui des meilleurs pays européens. En 2022, 68 % des Français âgés de 15 à 64 ans étaient en emploi, contre 77 % en Allemagne et 82 % aux Pays-Bas.

En d’autres termes, 13 millions de français en âge de travailler n’étaient pas en emploi. Parmi eux, 2,4 millions étaient au chômage au sens du Bureau international du travail. Les autres sont considérés comme « inactifs », parmi lesquels des étudiants, des personnes restant à l’écart du marché du travail, par choix ou par contrainte, et des jeunes retraités. Au sein de cette population, les plus jeunes et les plus âgés sont moins en emploi que le reste de la population. Sur eux se concentre l’essentiel de l’écart de taux d’emploi entre la France et l’Allemagne. Enfin, si le taux d’emploi des hommes est plus élevé que celui des femmes, quelle que soit la classe d’âge, ces écarts sont modestement atténués en France, relativement à l’Allemagne.

En tenant compte des écarts de temps de travail et du temps partiel entre les deux pays, le rattrapage de ce déficit de taux d’emploi induirait la création d’environ 1,5 million d’emplois nets en France, entraînant une hausse du Produit Intérieur Brut de l’ordre de 3 % en scénario conservateur, intégrant une baisse de la productivité liée à la hausse du nombre d’emplois, et jusqu’à 7 % selon certaines hypothèses alternatives.

Sur cette base, la Direction générale du Trésor chiffre l’effet attendu sur l’équilibre financier de la protection sociale : les recettes annuelles augmenteraient d’environ 15 Md€ (cotisations, CSG et autres prélèvements assis sur les revenus d’activité), tandis que les dépenses de prestations seraient réduites d’environ 5 Md€ (baisses des allocations chômage et de certains minima sociaux, partiellement compensées par de nouvelles dépenses liées à l’activité). Au total, le solde annuel de la protection sociale s’améliorerait d’environ 20 Md€ dans ce scénario d’alignement du taux d’emploi français sur celui de l’Allemagne.

La même note propose ensuite un élargissement au‑delà du seul champ social. La hausse de 3 % du PIB générerait une réduction globale d’environ 38 Md€ du déficit public annuel. Dans un autre scénario, plus optimiste quant aux effets indirects sur le temps partiel et la productivité le PIB augmenterait d’environ 7 %, entraînant un comblement de 80 Md€ du déficit budgétaire. Ces travaux dessinent donc un intervalle plausible allant de 40 à 80 Md€ de réduction du déficit. À structure de dépenses inchangée (au-delà des économies directes de prestations sociales), il est possible de retenir un ordre de grandeur médian de réduction du déficit annuel d’environ 60 Md€.

Ce chiffrage reste significativement inférieur à celui avancé par Patrick Artus. Ce dernier énonce que, si la France avait le même taux d’emploi que l’Allemagne, le déficit public de 5 % du PIB se transformerait en un excédent de l’ordre de 1 % du PIB, soit une amélioration de 6 points de PIB correspondant à plus de 150 Md€, aboutissant à un quasi‑retour à l’équilibre des finances publiques, sous réserve que les gouvernements ne « dilapident » pas ce gain par des hausses de dépenses.

Un impact d’environ 60 Md€ sur le déficit public, si la France relevait son taux d’emploi jusqu’au niveau allemand, constitue probablement une base raisonnable . Par la même approche, le rattrapage du taux d’emploi français sur celui des Pays-Bas, soit une augmentation d’environ 13 points, engendrerait une amélioration d’environ 100 Md€ du solde budgétaire annuel, ramenant le déficit primaire à zéro. Le report de l’âge de la retraite, comme l’ont fait tous nos voisins, fait évidemment partie des solutions positives essentielles à mettre en œuvre à cette fin, entre autres.

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Les retraités en France bénéficient-ils d’un système trop généreux ?

Le taux de remplacement net (après impôts et cotisations) en France -pour rendre les chiffres comparables : pour un salarié type qui a été en activité toute sa vie professionnelle, sans interruption de carrière et à plein temps- est souvent moindre que dans nombre de pays semblables (cf OCDE) . Donc les retraités français ne sont pas favorisés ! Voir tableau dans mon commentaire au post ( ci dessous)

Attention, la retraite moyenne ( de tous salariés devenus retraités) confondus , elle , n’est pas comparable valablement, car dans d’autres pays il peut y avoir bien plus de temps partiel qu’en France, par exemple . Ce qui fausse tous les calculs. Il faut donc prendre les bons tableaux de l’OCDE qui permettent des comparaisons qui sont cohérentes. Intégrant systèmes obligatoires et quasi obligatoires.

La dite générosité des retraites françaises semble être un poncif répété bien souvent. Pourtant cela n’en fait pas une vérité .

En outre , travailler plus longtemps , avec une espérance de vie plus longue , n’est pas un sacrifice. Sauf à penser que travailler est une souffrance, ce qui, en général n’est pas le cas (il existe cependant évidemment de telles situations) .
Le travail est porteur d’émancipation, d’intégration, de réalisation de soi, de socialisation, de contribution à un projet collectif.

Le vrai effort pour les actifs serait en revanche d’augmenter leurs cotisations. Ce qui n’est pas plus souhaitable que de baisser les retraites, car c’est mauvais pour le niveau de vie de tous et cela pèse sur la croissance .
L’augmentation de l’âge de la retraite augmente quant à elle le potentiel de croissance . Donc améliore bien davantage les finances publiques , en plus d’être meilleure pour le bien-être de chacun.
C’est une donnée fondamentale à considérer .

Enfin, si l’on solde en permanence nos déséquilibres-dus au manque de réformes- par un ajustement sur le montant des retraites, les conséquences pour les actifs – qui sont de futurs retraités- en seront :

  • moindre envie de travailler plus,
  • travailler ailleurs le cas échéant , là où le système est plus stable donc plus rassurant,
  • ou encore épargner toujours plus par crainte quant au montant de sa retraite future …

Stabilisons notre système, pour le plus grand bien de l’économie et de tous, comme environ 40% des pays de l’UE, en alignant systématiquement l’âge de la retraite sur l’évolution démographique de l’espérance de vie sans handicap .
Cela évitera très simplement les conflits peu fondés et délétères qui opposent les uns aux autres.

L’ordonnance de 1945 instituant le régime de retraite par répartition :

« L’insuffisance de la natalité entraîne un vieillissement lent et progressif de la population. Or, les retraites sont supportées par les travailleurs en activité ; la fixation d’un âge trop bas de l’ouverture du droit à la retraite ferait peser sur la population active une charge insupportable. »

Tout était déjà dit

NB :
C’est le taux de remplacement net ( des impôts sur le revenu et des cotisations) calculé par l’OCDE qui rend les choses comparables en termes de générosité de chaque système .
Il calcule le taux de remplacement ( retraite nette touchée sur derniers salaires nets touchés) pour un salarié type , c’est à dire ayant une carrière professionnelle sans rupture et à temps plein. Et effet les différences de proportion de taux partiel sur l’emploi total dans les différents pays fausseraient toutes les comparaisons si l’on mesurait le taux de remplacement de la moyenne de la population.
Pour le Royaume Uni , le système de retraite obligatoire doit être complété du système quasi obligatoire, que l’essentiel des salariés a ( ce qui est fait pour les Pays Bas) . Le taux remonte alors aux alentours de 70%

Les retraités français ne bénéficient donc pas d’un système particulièrement avantageux . Le tableau le démontre aisément .

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La dette publique contre la démocratie

En 2026, la charge de la dette deviendra le premier poste de dépenses de l’Etat : 64 milliards d’euros pour rembourser le passé au lieu de préparer l’avenir. Face à ce rouleau compresseur, la solution ne réside pas dans une augmentation de la fiscalité – déjà trop élevée et inefficace, prouve Olivier Klein avec pédagogie.
À grand renfort de graphiques et de comparaisons avec nos voisins européens, l’économiste explique pourquoi la France creuse sa dette plus vite que le reste de la zone euro, tout en dépensant plus. +57 points de PIB de dette publique en France depuis 2000, contre 19 points en moyenne dans la zone euro (et 12 points dans la zone euro sans la France) !Le redressement doit passer par la relance de l’emplo i, des jeunes et des seniors notamment, de la productivité et donc de la croissance.

L’originalité de l’essai d’Olivier Klein, ancien directeur général de BRED et ancien dirigeant chez BPCE, tient dans l’analyse politique qu’il fait de la dette publique. Si les nombreux impôts ne servent ni à désendetter la France, ni à améliorer la qualité des services publics, où vont-ils ? La démocratie s’en trouve fragilisée : la méfiance grandit envers la parole publique, et entre citoyens – travailleurs contre chômeurs, jeunes contre vieux… La démonstration d’Olivier Klein, rigoureusement documentée et très accessible au grand public, montre que des réformes sont possibles pour redresser la trajectoire française. Elles sont même nécessaires, avant le point de non-retour qui obligerait à une violente austérité.

Dette, réformes et démocratie – Comment sortir du cercle vicieux français ?
essai
Olivier Klein, Décryptage Editions, 16 euros

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Le débasement monétaire: quand l’abondance de liquidité fragilise la confiance et le lien social

Le débasement monétaire, longtemps associé à la manipulation des métaux précieux, recouvre aujourd’hui un processus plus diffus : le risque — dans certaines conditions — de destruction graduelle ou brutale de la valeur de la monnaie par une création excessive de liquidité. Cette dilution de la rareté, amorcée avec la fin du système de Bretton Woods en 1971, s’est amplifiée après la crise de 2008 et tend désormais à remodeler en profondeur les rapports entre générations, classes sociales et puissances monétaires. Sous l’Ancien Régime, le débasement désignait la réduction de la teneur en or ou en argent des pièces afin d’accroître la masse monétaire au profit du pouvoir souverain, au détriment des détenteurs.

Après 1944, le système de Bretton Woods établit une hiérarchie stable : le dollar, seule monnaie directement convertible en or, autour de laquelle s’organisent les autres devises dans un système de parités fixes, devient l’ancrage du système mondial. La décision du président Nixon, en août 1971, de suspendre la convertibilité du dollar en or rompit ce contrat de confiance et inaugura l’ère des monnaies fondées sur la seule confiance, dont la valeur repose sur des institutions telles que la banque centrale et l’État qui leur confère leur souveraineté. La valeur de la monnaie moderne est ainsi liée à la croyance dans la capacité des États à honorer leurs dettes et dans celle des banques centrales à mener une politique indépendante garantissant la stabilité monétaire et financière. 

Cette architecture institutionnelle implique un équilibre délicat. La confiance monétaire repose sur un rapport stable entre évolution de l’endettement et création de richesse réelle. L’avantage de la monnaie moderne est en effet que sa quantité ne dépend pas d’une quantité de métaux précieux, par nature déconnectée des besoins du développement économique : elle dépend du crédit des banques, qui suivent les besoins des acteurs économiques eux-mêmes. Mais lorsque la création de la monnaie cesse durablement d’être corrélée à la croissance effective, la confiance dans la monnaie peut s’éroder jusqu’à provoquer des crises catastrophiques.

Depuis le milieu des années 1970, l’expansion du crédit a instauré un régime où la monnaie ne repose plus sur une base tangible et matérielle liée à une quantité exogène, mais sur la contrepartie — formée par le crédit — à la dette des banques, qui sont émettrices de la monnaie-dépôts. La création de liquidité en monnaie banque centrale s’est ensuite massivement accrue avec le soutien apporté par les banques centrales à l’économie après 2008, c’est-à-dire à partir de la grande crise financière, par leur politique d’« assouplissement quantitatif » (quantitative easing). Cette politique monétaire non conventionnelle s’est révélée très utile pour éviter une déflation majeure et une crise systémique qu’aurait pu déclencher la crise financière. Cependant, une fois les taux de croissance et la production de crédit revenus à la normale, les banques centrales n’ont pas mis progressivement fin à leurs interventions. La quantité de monnaie de banque centrale a ainsi continué de croître à un rythme très supérieur au PIB en valeur. Cette dynamique s’est encore amplifiée pendant la période du Covid — à juste titre, car elle a de facto supprimé temporairement la contrainte monétaire des États, qui soutenaient abondamment les entreprises et les ménages afin que cette pandémie ne détruise pas irréversiblement les forces productives de nos économies.

Avec le retour brutal de l’inflation, les banques centrales ont ensuite remonté très significativement leurs taux directeurs et enclenché une phase de quantitative tightening, ou plutôt de quantitative normalizing, pour reprendre le langage des banquiers centraux, c’est-à-dire une réduction de la quantité de monnaie de banque centrale, accompagnant une normalisation progressive de la politique monétaire.

Mais, entre 2017 environ – date de retour à la normale de nos économies -et le déclenchement de la pandémie au moins, l’abondance de liquidité, croissant plus rapidement que le PIB, a maintenu les taux longs trop longtemps à un niveau artificiellement bas. Il en a résulté une très forte montée des prix des actifs patrimoniaux, actions et immobilier, ainsi qu’une compression des primes de risque, provoquant une montée du risque financier, un développement accéléré et dangereux des entreprises zombies (que des taux d’intérêt normaux auraient mis en faillite) -— donc une baisse des gains de productivité — et une augmentation rapide de la valeur du patrimoine des détenteurs d’actifs.

Cette inflation des prix d’actifs — immobilier, actions, obligations — a constitué une revalorisation artificielle du patrimoine des ménages les plus aisés, tandis que les jeunes générations voyaient s’éloigner l’horizon de l’accès à la propriété. Cette évolution signale un débasement social : la création de richesse cesse de traduire un rapport équitable entre effort et récompense. Pour autant, il convient de souligner qu’en France, dans le partage de la valeur ajoutée, les revenus du travail ont augmenté depuis 2000 plus vite que ceux du capital — dividendes et intérêts confondus —, les intérêts eux-mêmes ayant fortement diminué jusqu’en 2022, eu égard à l’écrasement des taux d’intérêt et des primes de risque induit par le quantitative easing.

Cependant, l’augmentation des valeurs patrimoniales et la compression des taux d’intérêt ont brouillé les repères économiques fondamentaux. Le taux d’intérêt, outil central d’allocation du capital, a perdu sa fonction de signal du risque. Sa compression à des niveaux proches de zéro a entraîné une survalorisation des actifs et, sans que la France connaisse pour autant une augmentation des inégalités de revenus, a accru les inégalités de patrimoine.

Parallèlement, la monétisation des dettes souveraines par les banques centrales est devenue structurelle : les États ont financé ainsi leurs déficits, pour une part non négligeable, grâce aux achats par les banques centrales des obligations qu’ils émettaient, donc par émission de monnaie centrale, brouillant la frontière entre politique budgétaire et politique monétaire. La monétisation de la dette – c’est-à-dire son achat direct ou indirect par la banque centrale – peut résoudre temporairement la question de l’augmentation pénalisante du coût des intérêts que pourrait imposer le marché en cas d’inquiétude prononcée sur le niveau d’endettement. Mais cette solution n’en comporte pas moins des dangers fondamentaux, dès lors qu’elle se répète et s’installe dans la durée. Une monétisation sans limite fait peser des risques élevés de perte de confiance dans la dette et, in fine, dans la monnaie elle-même. Quant à l’annulation pure et simple de tout ou partie de la dette publique par la banque centrale, elle ne serait qu’un jeu à somme nulle, qui ne soulagerait en rien le budget, tout en prenant le risque de perturber profondément la confiance des acteurs économiques.

En levant la contrainte monétaire — c’est-à-dire la nécessité de rembourser sa dette ou de la refinancer dans des conditions normales — on introduit un aléa moral politique dans le jeu démocratique. Pourquoi se tenir à l’orthodoxie budgétaire et opérer des réformes structurelles douloureuses quand la politique de la banque centrale annule les conséquences négatives d’une dette non maîtrisée sur les taux, et que la monnaie unique — l’euro — ou la monnaie bénéficiant d’un privilège exorbitant — le dollar — dilue fortement les retombées usuelles sur les taux d’intérêt comme sur les parités de change ? 

Or la confiance dans la monnaie renvoie à un système fiable et efficace de règlement des dettes. La monnaie est en effet le moyen de règlement libératoire de la dette née des échanges marchands : la perte de confiance dans le bon règlement des dettes conduit donc à la perte de confiance dans l’issue des échanges, et dans la monnaie dans l’essence même de sa fonction. La monnaie est ainsi le socle fondamental du lien social dans les économies de marché, comme l’analysait Michel Aglietta.

Quand la confiance dans la monnaie d’État s’érode, les agents économiques recherchent des actifs de substitution. L’or, délaissé durant la période de forte croissance, a retrouvé depuis 2010 sa fonction de valeur refuge. Les banques centrales des pays émergents — la Chine et la Russie en tête — ont régulièrement accru la part de leurs réserves détenues sous forme d’or, sans doute encouragées par l’instrumentalisation de plus en plus courante du dollar à des fins de sanctions (dollar weaponization) dans les conflits géopolitiques.

Parallèlement, l’émergence des crypto-actifs, au premier rang desquels figure le Bitcoin, incarne, sous une forme numérique, la même aspiration à s’affranchir du pouvoir arbitraire de création monétaire illimitée ou de sanction exercé par les États. En inscrivant la rareté dans le code, ces actifs instaurent une forme de contre-monnaie technologique. Mais, stablecoins mis à part, ils ne reposent sur aucune contrepartie économique tangible et demeurent privés du soutien de toute institution capable d’asseoir la confiance en cette nouvelle monnaie. Ne bénéficiant pas davantage des soubassements culturels, historiques et industriels qui participent à la légitimité des métaux précieux comme réserve de valeur, ces actifs apparaissent, en définitive, désancrés de toute valeur fondamentale.

Le débasement monétaire a également pris une dimension géopolitique. Depuis 1945, la prééminence du dollar dans les transactions internationales a conféré aux États-Unis un pouvoir d’intervention unique. Ce privilège, pilier du système post-Bretton Woods, tend aujourd’hui à se fissurer sous l’effet de la diversification des réserves officielles par les banques centrales des économies émergentes, notamment du « Sud Global », tandis que la Chine entreprend une préparation méthodique de l’internationalisation du yuan. Cette stratégie vise à construire une multipolarité monétaire et à réduire la dépendance au dollar dans les règlements commerciaux. La route pour y parvenir sera encore longue, tant l’utilisation du dollar comme monnaie internationale produit un effet d’hystérèse durable, et tant les marchés financiers américains sont profonds et performants. Mais à long terme, il est certain que la fragmentation du monde et la coexistence de deux hyperpuissances ne peuvent permettre de conserver l’ordre monétaire existant, fruit de la seule domination politique, diplomatique, militaire et économique des États-Unis, laquelle a pris fin avec l’émergence de la Chine comme rival systémique sur l’ensemble de ces plans.

Le débasement monétaire, en tant que tel, cristallise finalement deux tensions de la situation contemporaine : la nécessité de créer la liquidité pour préserver la stabilité et l’unité de chaque espace monétaire, d’une part, et les risques engendrés en cas d’excès durable de cette création, d’autre part. Ces risques ne sont plus, aujourd’hui (mais demain ?) principalement celui de l’hyperinflation, mais davantage celui d’une inflation patrimoniale accélérée, génératrice d’instabilité financière et destructrice du tissu social, ainsi que celui d’une dérive des dettes publiques qui mine la confiance dans la monnaie bancaire usuelle — laissant, malgré leur absence totale d’appui institutionnel, la possibilité aux monnaies privées et à l’or de servir de valeur refuge et d’alternative.

L’histoire monétaire montre que chaque rupture du lien social que constitue la monnaie conduit à une refondation institutionnelle. Le débasement monétaire n’est donc pas seulement un phénomène technique : c’est une crise de la confiance — dans les institutions, dans l’effort et dans l’avenir. En ce sens, restaurer la confiance représente la condition première de toute reconstruction monétaire durable et doit prendre le pas, dans notre pilotage monétaire, sur la tentation de recourir à des politiques non conventionnelles pour lisser toute cyclicité économique ou anesthésier toute externalité négative.

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La dynamique de la dette publique en France

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Une vidéo interview d’Olivier Klein par la journaliste Florence Duprat