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« Se réinventer ne veut pas dire tout rejeter » Interview pour le magazine Le Mémento

« Rares sont les crises mondiales dont les banques ne sont pas tenues responsables. Pourtant, rares sont celles où les banques n’ont pas un rôle à jouer pour éviter l’effondrement ou pour faciliter la reconstruction ». C’est ainsi qu’Olivier Klein, le directeur général de la BRED introduit son nouveau livre “Crises et Mutations : petites leçons bancaires” paru aux éditions Eyrolles en 2022.

Pourquoi la crise ? L’homme est coutumier des essais et il faut dire que le regard qu’il porte, l’analyse qu’il donne à comprendre de l’époque contemporaine et de ses mécanismes font de lui un référent en matière de finances. Ainsi, il a récemment signé une tribune dans Les Échos sur la politique monétaire, est intervenu pour parler « pouvoir d’achat et marché immobilier » sur France Inter, et a tenu une conférence au club des « Grands Décideurs » de La Réunion sur « l’inflation, les taux d’intérêt et la dette ».
D’où part l’idée de ce livre ? « De l’évidente transformation du monde » répond-il, avec comme champ d’application son secteur, la banque, mais pas seulement puisqu’il évoque également à travers cette centaine de pages, ceux de la grande distribution et de l’enseignement également. « Je tente une réflexion » explique-t-il humblement, « et celle-ci mène à la conclusion qu’en réalité, les mutations sont lentes qu’il s’agisse de société ou d’économie ».

Comprendre le changement. Une crise comme celle que vivent actuellement la France et le reste du monde, n’a rien d’une éruption inattendue et il suffit de regarder l’Histoire pour voir qu’elles ne sont qu’un passage d’un état à un autre, « d’un mode de régulation » à un autre, pour reprendre les termes d’Olivier Klein. Chaque crise étant induite par une révolution technologique, tantôt la machine à vapeur, tantôt la numérisation, qui vient changer la donne en matière de production et de consommation. « L’idée de disruption, où tout change de façon brutale est fausse » assène le directeur de la BRED, et « ceux qui prétendent le contraire sont ceux qui n’ont pas su anticiper ». Difficile là encore de lui donner tort, lui qui a développé avec succès le concept de « Banque sans distance ». Les mutations sont par nature lentes, certes pas forcément prévisibles, mais on peut déceler les grandes tendances et ainsi s’adapter aux changements à venir.

Revenir à l’essentiel. C’est tout cela que démontre Olivier Klein dans son livre, très pédagogique même si quelques notions d’économie restent indispensables à sa lecture. Au travers de trois grands chapitres, l’auteur revient donc sur le rôle fondamental de la banque « d’utilité économique et sociale », sur les menaces qui ont toujours pesé sur elle – sa disparition comme une antienne mais surtout sur « l’impératif de revenir à l’essence même du métier ».
Face à la multiplication des néo-banques cette dernière décennie, la tentation était forte de se perdre et de rater l’essentiel. Pour le DG de la BRED, ce modèle « demeure incomplet […] il laisse en dehors de leur spectre, l’activité de conseil qui pourtant fonde l’utilité singulière de la banque traditionnelle ». Et pour corroborer cet argument, les chiffres : les banques à distance ne sont pas rentables encore aujourd’hui, et peinent à trouver l’équilibre dans leur modèle économique.

Une bonne réflexion, mais. Et aux détracteurs qui diront qu’il faut accepter la modernisation, Olivier Klein rétorque qu’il ne s’agit pas d’affirmer que « c’était mieux avant », mais bien de comprendre que le passé ne disparaît pas, il mue dans un mélange d’ancien et de nouveau qui crée des codes inédits et modes de régulation. La révolution technologique pour le secteur bancaire, c’est donc de développer le digital et valoriser l’humain.
« Crises et Mutations : petites leçons bancaires » permet ainsi aux cadres supérieurs, chefs d’entreprise et à tou.te.s celleux qui réfléchissent à leur métier d’appréhender les mécanismes économiques et financiers actuels, ainsi que les enjeux que supposent une crise et/ou une transformation de la société, qu’elle soit économique ou non.

Merci à Laurie Ferrere pour cette interview pour le magazine Le Mémento.

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« Crises et mutations : petites leçons bancaires » l’interview « La librairie de l’éco » pour BFM Business

L’occasion de revenir sur mes réflexions concernant l’évolution du secteur bancaire et sur l’essence même du métier de la banque. Mais aussi plus largement sur l’histoire du capitalisme et les mutations fortes mais lentes de l’économie et des entreprises induites par  les révolutions technologiques. Loin des disruptions.

Interview disponible en replay sur le site de BFM Business à cette adresse à partir de la 13ème minute : https://www.bfmtv.com/economie/replay-emissions/la-librairie-de-l-eco/la-parole-aux-auteurs-christian-saint-etienne-et-olivier-klein-15-07_VN-202207150666.html

« Crises et mutations : petites leçons bancaires » est disponible en suivant ces liens https://urlz.fr/hv0M ou https://urlz.fr/hv2Q

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Crise économique et financière Economie Générale

Inflation et pouvoir d’achat : sortir d’une équation impossible

L ‘inflation vient de dépasser 5 % en France et la croissance sur le premier trimestre recule de 0,2 %. Les entreprises ne pourront (et ne devront) pas compenser la totalité de la perte de pouvoir d’achat des salariés, car cela induirait une baisse de leurs résultats entamant tôt ou tard leur capacité d’investissement, leur compétitivité et donc l’emploi, d’autant qu’elles sont déjà financièrement affaiblies par les difficultés d’approvisionnement et l’augmentation du coût des matières premières et de nombreux produits intermédiaires.

Ce serait donc très dommageable, à terme, pour les ménages eux-mêmes. Et cela renforcerait très dangereusement la spirale d’indexation, l’inflation devenant alors incontrôlable. C’est d’ailleurs pour ces raisons que, depuis 1983, il est interdit aux entreprises d’indexer systématiquement les salaires sur les prix.

Parallèlement, l’Etat français ne sera pas capable de protéger longuement les ménages comme il l’a fait aujourd’hui en prenant leur surcoût en charge. La politique monétaire ne permettra plus de financer les excédents de dette publique en découlant, et les marchés seront probablement peu appétents à avaler ce surcroît de dette aux taux d’aujourd’hui… Pourrait s’ensuivre un effet boule de neige très inquiétant sur la dette.

Ainsi, peu ou prou, les ménages perdront du pouvoir d’achat tant que l’inflation sera élevée, en prenant leur part de l’effort, avec le risque économique et social induit. Les entreprises seront aussi mises à contribution. L’Etat se limitera de plus en plus à la seule protection des plus faibles.

Cette perte de pouvoir d’achat n’est cependant pas inéluctable. Les ménages actifs pourraient mieux protéger leur pouvoir d’achat sans entraîner de boucle prix-salaires, si les gains de productivité progressaient suffisamment ou si le rapport masse salariale sur valeur restait globalement stable à la suite des augmentations salariales. Ce qui permettrait alors aux entreprises de ne pas augmenter davantage leurs prix et de protéger leur compétitivité et leur capacité d’emploi comme d’investissement.

La solution serait que les salariés travaillent un peu plus, en échange d’une augmentation de salaires, dans une proportion à négocier.

Malheureusement, les gains de productivité sont aujourd’hui nuls. La seule possibilité pour que l’économie s’en sorte au mieux – pour les ménages, les entreprises et l’Etat – est donc que les salariés travaillent un peu plus, suivant les types d’emplois, en échange d’un surcroît d’augmentation de salaires, dans une proportion à négocier. C’est envisageable, car il existe des goulets d’étranglement dus à la pénurie de maind’oeuvre dans de nombreux secteurs.

Cela permettrait également, grâce à l’accroissement de l’activité, d’augmenter les recettes des cotisations sociales et des impôts sans en relever les taux, donc ce serait favorable au maintien de notre haut niveau de protection sociale, tout en favorisant une meilleure maîtrise du déficit public et de la dette. Pour les ménages à la retraite, c’est l’allongement du nombre d’années de cotisations des actifs (en fonction de la pénibilité du travail) qui seule pourrait permettre de ne pas leur faire perdre de pouvoir d’achat, alors même que les comptes de la retraite vont continuer à se dégrader.

Il y a là une réelle marge de manoeuvre pour la France. Au-delà des efforts que les entreprises pourront faire pour limiter partiellement la perte de pouvoir d’achat de leurs salariés – un mix d’augmentation salariale et de primes Pepa, par exemple -, il est parfaitement possible, sans changer la loi, d’ouvrir avant la fin d’année des négociations au niveau de l’entreprise sur ce surcroît de compensation en échange du surcroît de travail. Il est aussi possible et souhaitable d’envisager des accords d’entreprise qui permettent à chaque salarié ou chaque équipe de choisir son propre équilibre.

C’est en tout cas une voie de sortie par le haut d’un problème majeur qui, sinon, risque de constituer rapidement une équation impossible… et douloureuse. 

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Inflation, taux et dette : le cocktail explosif

Les banques centrales seraient-elles amenées à financer très durablement les déficits publics liés à la réindustrialisation, au changement climatique ou au réarmement contrairement au « quoi qu’il en coûte » qui ne durait que le temps de la pandémie ? La dette n’aurait-elle donc aucune importance ? Piégée par trop d’objectifs contradictoires, la politique monétaire extrêmement accommodante se perpétuerait alors, les taux d’intérêt restant très inférieurs au taux de croissance et le bilan de la banque centrale ne cessant de gonfler. Las ! Cette idée bien commode augurerait de lendemains douloureux. Les banques centrales amorcent d’ailleurs une autre voie.

Avant-guerre, à cause d’une inflation qui n’était pas seulement transitoire, les banques centrales devaient sortir progressivement du quantitative easing et augmenter leurs taux. Mais prudemment, du fait de l’endettement global très élevé et de marchés financiers et immobiliers fortement valorisés, elles ont durci leur discours lorsqu’est survenu un fort surcroît d’inflation dû à la guerre en Ukraine.

Une inflation qui s’emballerait par un phénomène d’indexation, même imparfait, des prix aux prix et des salaires aux prix serait en effet source de nombreux maux. Serait induite de facto une inégalité profonde des évolutions de revenus en valeur réelle, entre les ménages comme entre les entreprises, la capacité à répercuter les hausses de prix étant loin d’être égale. Les négociations salariales deviendraient très conflictuelles ; l’affichage des prix entre producteurs, distributeurs et consommateurs serait instable ; les contrats de prêt engendreraient une perturbation des modes de fixation des taux d’intérêt entre prêteurs épargnants et emprunteurs. Une inflation stable et basse est en effet essentielle à la confiance entre les acteurs, donc à une économie efficace. Aujourd’hui, face au spectre de la stagflation, les banques centrales font face à un dilemme encore plus délicat.

Elles ne doivent pas casser cette croissance qui va s’affaiblissant, mais elles n’ont pas d’autre choix que de réagir pour lutter contre le risque majeur d’une inflation incontrôlée. Aussi, lorsque les banques centrales a minima normaliseront leur politique monétaire, elles devront le faire avec beaucoup de clarté pour leur crédibilité, mais aussi beaucoup de progressivité. Elles devront en tester à chaque étape les effets sur les marchés financiers, y compris celui de la dette des Etats. La BCE a un défi supplémentaire : la zone est composée de pays aux situations économiques très divergentes. Parallèlement, les gouvernements devront afficher une trajectoire budgétaire crédible, en réalisant des investissements porteurs de croissance potentielle et plus verte, mais aussi en protégeant les plus démunis face à l’inflation… Les réformes structurelles seront en outre, et plus que jamais, indispensables pour faciliter la croissance et participer à la trajectoire de solvabilité – on parle notamment de celle des retraites en France. Ce chemin, étroit, est le seul possible.

Si les banques centrales perpétuaient ad libitum une politique de financement des déficits publics et de taux trop bas, de graves crises financières dues à l’éclatement de bulles de moins en moins contrôlables se produiraient en cascade, abîmant structurellement la croissance. L’inflation s’emballerait au détriment des plus faibles et de l’efficacité globale de l’économie. Et, tôt ou tard, la confiance dans la monnaie elle-même pourrait être remise en cause. La fuite devant la monnaie finirait alors par faire s’effondrer l’économie et l’ordre social. Les exemples dans l’histoire en témoignent. Les politiques monétaires vont donc se durcir et les taux d’intérêt monter. Reste peu de temps pour les agents très endettés, publics ou privés, pour s’y préparer.

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« Crises et mutations : les leçons bancaires » l’interview Be Smart

Un bel échange sur l’évolution du secteur bancaire due à la révolution digitale et sur l’essence même du métier de la banque. Mais aussi plus largement sur l’histoire du capitalisme et les mutations fortes mais lentes de l’économie et des entreprises induites par  les révolutions technologiques. Loin des disruptions. Sur l’évolution du rôle du management également. Et sur l’apparition souhaitable du capitalisme partenarial.

Tout  sujet que j’aborde et approfondis dans mon livre « Crises et mutations : petites leçons bancaires » disponible dans les librairies en ligne, @amazone et @fnac et en suivant ces liens https://urlz.fr/hv0M ou https://urlz.fr/hv2Q

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Barrière de la dette et action prévisible de la BCE 

L’Europe doit faire face à bien des défis : guerre, pandémie, climat, réindustrialisation. Mais le financement sans fin des déficits publics par la banque centrale est  impossible parce que très dangereux ( développement incontrôlé de bulles , fuite devant la monnaie in fine …) , alors même que l’inflation est de retour et que l’indexation est en marche.

Il faudra donc une normalisation très prudente de la politique monétaire, accompagnée d’une politique budgétaire offrant une trajectoire crédible de solvabilité.