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Texte d’au revoir aux collaborateurs du Groupe BRED

Chers tous,

Comme vous le savez, je quitterai mes fonctions à la BRED le 31 mai prochain.

Déjà plus de dix ans que nous travaillons ensemble. Que de chemin parcouru depuis ! Nous avons écrit de belles pages de l’histoire de la BRED.

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10 ans de succès. Depuis 2012, nous atteignons chaque année des résultats historiques avec un PNB et un résultat net en croissance continue. Ces résultats ne sont en rien le fruit du hasard, mais bien celui de l’engagement continu et renouvelé de tous dans chacun de nos métiers dans la mise en œuvre d’une stratégie qui nous a permis, année après année, de nous adapter aux mutations économiques et sociétales et de toujours faire gagner la BRED. À la montée en puissance du digital, nous avons évidemment répondu par d’importants investissements dans des outils qui nous ont permis de rester aussi performants que nos concurrents « pure players », mais nous avons surtout répondu par l’humain. Nous avons investi dans la formation professionnelle, poussé l’égalité des chances, libéré nos conseillers en digitalisant les tâches répétitives sans valeur ajoutée, et ce au profit d’une relation commerciale experte, de confiance, de qualité, et inscrite dans le temps long. 

Je suis très heureux que notre BRED ait tracé le chemin avec ce nouveau modèle, celui de la Banque sans distance, celui de la promesse faite à nos clients d’une relation globale de proximité, qui abolit les distances tant physiques que comportementales, en mariant le meilleur de l’humain et du digital. Cette fidélité aux fondamentaux du métier bancaire, tout en étant tournés vers l’avenir, aura été la recette de notre succès. Les résultats parlent d’eux-mêmes : 10 ans de croissance, avec l’augmentation de 81 % de notre PNB, avec la multiplication par 2,7 de nos fonds propres, 10 ans de performance avec une multiplication par 2,8 de notre résultat net, 10 ans d’amélioration continue de notre efficacité avec une baisse de 13,1 points de notre coefficient d’exploitation, pour atteindre 54 %, un niveau remarquable.

Ces résultats ne font pas l’objet d’un fétichisme, ils sont la matérialisation du fait que la BRED, dans ses différentes activités, a rencontré l’attente de nos différents marchés et a su emporter l’adhésion de nos clients. Des résultats marqués aussi par la confiance accordée par nos sociétaires, dont le nombre a augmenté de 47 % en 10 ans. Bravo à nous, bravo à vous ! De ce fait, la participation et l’intéressement ont aussi connu une évolution spectaculaire, multipliés par 2,3 depuis 2012.

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Pourtant, les vents ne nous furent pas toujours favorables, loin de là. Dans un contexte de taux très bas et surtout de pente de taux très aplatie pour les banques, nous avons réussi à fortement surperformer. Et comment ne pas revenir sur la situation inédite que nous avons connue avec la pandémie ? Face à la triple crise sanitaire, économique et financière que nous avons traversée, nos résultats ont témoigné de notre résilience et de la pertinence de notre trajectoire, comme de notre capacité à relever les défis auxquels les banques commerciales sont confrontées depuis nombre d’années.

Cette période a considérablement accéléré les grandes mutations en cours et imposé aux entreprises de se réorganiser en très peu de temps. Elle a incité la BRED à aller encore plus loin dans la Banque sans distance et à passer aux agences 100 % conseil. La solidité de notre banque a en outre permis d’accompagner la reprise économique de notre pays, nous pouvons en être fiers.

La pertinence de notre stratégie se retrouve également bien au-delà de nos frontières. En 10 ans, nous avons structuré solidement notre activité, poursuivi notre expansion à l’international et créé de nouvelles banques dans des pays dynamiques, avec cette volonté de toujours offrir une expertise et une valeur ajoutée qui répondent aux normes internationales les plus élevées. Aujourd’hui, nous sommes installés et en fort développement au Cambodge, au Laos, aux îles Fidji, aux îles Salomon, comme au Vanuatu ; nous sommes la 1ère Banque à Djibouti. Notre activité de financement du négoce international lancée il y a 6 ans en Suisse puis récemment à Dubaï est une grande réussite. Ces succès se retrouvent directement dans nos performances, puisque l’international a contribué pour 16 % de notre PNB en 2022. 

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Plus que les résultats, c’est une magnifique aventure humaine qu’il m’a été donné de vivre à vos côtés. Je garderai de mon parcours à la BRED notre incroyable force collective durant les moments difficiles, mais aussi les souvenirs des temps joyeux, des temps de partage lors des différentes conventions régionales comme des conventions de l’ensemble du Groupe BRED, avec une pensée particulière pour la célébration des 100 ans de la BRED au Grand Palais, un événement exceptionnel, dans tous les sens du mot, qui restera gravé dans ma mémoire.

Je suis reconnaissant d’avoir pu travailler avec des équipes motivées, passionnées, engagées, et d’avoir conduit avec vous des réalisations absolument remarquables partout au sein de la direction France : en métropole, en Guadeloupe, dans les îles du Nord, en Martinique, en Guyane, à La Réunion, comme à Mayotte. Tous nos métiers ont performé : nos agences et nos centres d’affaires, notre Banque Privée, reconnue en 2022 comme meilleure Banque Privée en France. Notre Banque de Grande Clientèle qui a pris une forte ampleur et qui s’est imposée pas son savoir-faire et son excellence. Notre salle des marchés a été reconnue fin 2022 comme meilleure banque européenne pour le placement de la dette à court terme des grands émetteurs européens. Notre banque à l’international enfin, qui s’est formidablement structurée et développée. Notre BRED a aussi été remarquée pour sa performance RSE, matérialisée à travers un Sustainability Rating de très haut niveau (A1) par l’agence Moody’s.

Nos filiales françaises Promepar, Cofilease, Prepar-Vie Assurance, Sofider, Adaxtra, Ingepar et Vialink accélèrent encore et toujours leur développement et la distribution de leurs offres « urbi et orbi ». Elles sont désormais regroupées dans un nouvel immeuble à La Défense.

Bravo à tous, 10 ans de succès où nous avons permis ensemble à la BRED de toujours sortir par le haut, dans un environnement peu favorable.

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À l’heure de vous dire au revoir, je souhaitais aussi vous rappeler que notre métier de banquier est passionnant, et même essentiel à l’économie, aux territoires, aux gens eux-mêmes.

L’économie est ma passion car elle est à mes yeux la reine des sciences humaines. Elle tente d’expliquer comment les hommes s’organisent pour vivre, pour faire société, pour chercher à améliorer leur sort. Et c’est de ma passion pour l’économie que m’est venue ma passion pour la banque, qui est le lieu où l’on peut, me semble-t-il, le mieux observer et agir sur l’économie.

La banque, c’est avant tout une entreprise, avec sa stratégie, ses ressources, ses objectifs et sa « raison d’être ». Selon moi, conduire une entreprise, c’est d’abord une responsabilité vis-à-vis des équipes qui la composent. Durant ces 10 ans, je me suis sans cesse posé la question de savoir si l’on faisait tout ce qui était possible pour que la BRED aille dans la bonne direction, soit durablement profitable pour protéger les emplois, pour que le travail y soit une réalisation individuelle et collective, pour que l’on y prenne plaisir et pour que l’on y développe notre fierté d’appartenance. J’ai toujours essayé d’être juste et de faire en sorte que tous le soient, car une entreprise juste est gage de satisfaction au travail et de succès. C’est une entreprise qui assure l’égalité des chances, qui assure les mêmes possibilités à chacun, et ce quels que soient son sexe, sa religion, sa couleur de peau, son origine sociale ou ses diplômes. Je vous l’ai souvent rappelé, il s’agit pour moi de bien marier l’efficacité et l’éthique, tant vis-à-vis des collaborateurs que des clients et de la société. Les deux à la fois sont nécessaires : l’efficacité sans éthique ne fonctionne pas bien longtemps ; l’éthique sans efficacité ne peut exister puisque l’on ne se donne pas les moyens de la faire vivre.

Je souhaite profondément que vous partagiez toujours l’idée que notre travail de banquier a du sens, que notre travail est utile, car nous, les banques commerciales, sommes absolument indispensables à l’économie et à chacun, donc à la société dans son ensemble. Quel beau métier que le nôtre ! Nous accompagnons et facilitons les projets de vie et d’entreprise de nos clients, et ce sur le temps long. Nous sommes une banque relationnelle, une banque de conseil, dans la durée, dans la confiance.  Nous sommes aussi les acteurs qui font coïncider les capacités de financement avec les besoins de financement. Nous prenons pour ce faire sur nous-mêmes les risques de crédit, de taux d’intérêt et de liquidité, au lieu de les laisser à la charge des ménages et des entreprises qui ne veulent pas ou ne peuvent pas les prendre. Et nous, BRED, banque régionale coopérative, sommes de surcroît cruciaux pour les territoires sur lesquels nous sommes implantés en France comme hors de France, dans le sens où nous sommes liés à eux par une convergence d’intérêts. Il existe entre nos territoires et nous une véritable osmose. Si le territoire va bien, la banque ira bien. Et si la banque va bien, le développement du territoire en sera facilité. La notion de RSE y est donc encore plus réelle, encore plus concrète. Notre banque est véritablement engagée sur chacun de ses territoires. Avant tout dans le fait de bien faire notre métier, ce qui est primordial. Et de par notre investissement en faveur de l’égalité des chances comme de la culture, facteurs puissants de cohésion sociale, donc de bien-être. Et dans un monde qui a été fortement globalisé, on a vu apparaître depuis des années un besoin encore plus fort de proximité, un besoin auquel, je le pense, nous répondons.

Pour toutes ces raisons, les banques commerciales, la BRED, nous sommes indispensables. Et, soyez-en assurés, nous avons encore un bel avenir devant nous. Puisque notre modèle mutualiste et coopératif permet ce mariage fructueux de l’efficacité et de l’éthique, j’ai la conviction que nous sommes encore là pour longtemps. Nous le prouvons tous les jours et sur le long terme, là où depuis tant d’années on nous annonce la fin des banques traditionnelles face aux nouvelles concurrences. Mais c’est souvent faute de comprendre l’essence même de la banque que l’on en vient à l’enterrer un peu vite. À la BRED, malgré les crises sanitaire, financière, économique, malgré l’émergence des banques en ligne low cost, des cryptomonnaies, malgré des taux restés trop bas durant trop longtemps, malgré toutes les difficultés que nous connaissons, nous n’avons pas réduit nos effectifs, bien au contraire. Nous n’avons pas non plus fermé d’agences, bien au contraire. Et nos résultats n’ont pas chuté, ils ont presque triplé en 10 ans ! Nous en sommes sortis par le haut, parce que nous nous sommes engagés ensemble avec efficacité et conviction dans une stratégie qui a réussi et qui continue de faire ses preuves. Et pour continuer à sortir par le haut, pour continuer de gagner, nous devrons toujours mener les mutations indispensables en préservant l’essence même de notre métier de banquier. Nous devons garder notre dynamisme, notre talent pour surmonter les obstacles qui sont les nôtres, notre envie de réussir et notre fierté du métier que nous exerçons, comme de notre banque. C’est là que réside l’essentiel.

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Nous venons de vivre ensemble 10 années de réussite collective. Je suis certain que vous continuerez d’écrire avec succès l’histoire de notre belle entreprise, que vous saurez garder le cap d’une gestion raisonnée qui s’appuie sur les forces et valeurs du Groupe BRED, que sont notamment le conseil à valeur ajoutée, la proximité relationnelle, la proactivité et l’esprit entrepreneurial.

Et je suis certain que vous retrouverez ces valeurs chez mon successeur, Jean-Paul Julia, qui avait été recruté en 2015 afin qu’il dirige la Banque de Grande Clientèle de la BRED, avant qu’il ne devienne Directeur général de la Banque Populaire Bourgogne Franche-Comté. Jean-Paul connaît très bien la BRED et ses métiers.

Je vous souhaite pour les prochaines années de prendre autant de plaisir et de connaître au moins autant de succès que nous avons eus ensemble.

Merci à tous. Merci pour votre volonté, pour votre talent et pour votre sens de la réussite individuelle et collective. Merci à Stève Gentili et à Isabelle Gratiant, ainsi qu’à l’ensemble du Conseil, pour m’avoir permis de réunir tout ce que j’aime dans la banque : la banque de détail, la banque de gestion privée, la banque des grandes entreprises, la banque de marché de capitaux et la banque à l’international. Et d’avoir sans faille soutenu l’intégrité de notre banque, tout en exerçant une supervision tout à la fois bienveillante et exigeante.

Vous avez tous fait de mon aventure à la BRED la plus belle des expériences. Nous pouvons être très fiers du chemin accompli ensemble.

Vive la BRED. Vive Vous !

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Banque Management

Rapport d’activité BRED 2022

Il a une résonance toute particulière pour moi car il vient clore 10 ans d’engagement à la BRED.

Année après année, malgré un environnement adverse aux banques commerciales, le groupe BRED a développé fortement le PNB et les résultats de toutes ses activités.

En banque de détail, la BRED a développé encore davantage la proximité relationnelle, en réorganisant et modernisant ses agences, en déployant les outils digitaux les plus performants pour gagner en pro-activité et en réactivité, comme en praticité.

Elle a dans le même temps amélioré encore sa capacité de conseil en investissant fondamentalement dans la formation et la compétence. Elle est aujourd’hui la banque 100 % conseil, celle qui conseille, soutient les projets de vie et d’entreprise, petits ou grands, de chacun de ses clients. Une banque fidèle à ses clients et utile à l’économie de ses territoires, en France, en Afrique de l’Est, en Asie du Sud Est, comme dans le Pacifique.

Une banque portée par 6300 collaborateurs, en France et hors de France ( pour un tiers d’entre eux ), en banque de détail, en banque de grande clientèle, en salle de marché, en banque de financement du commerce international, etc. qui œuvrent quotidiennement pour apporter la meilleure qualité de service et de conseil à leurs clients.
Qu’ils soient remerciés de leur engagement précieux dans la transformation de la BRED pendant ces dix dernières années !

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Banque Crise économique et financière Politique Economique

Banques centrales : vers une politique des « petits pas »

L’économie mondiale est en voie de ralentissement. Cela compliquera la situation des États et des acteurs privés très endettés. Mais cela devrait en principe faciliter la désinflation, donc ralentir la hausse des taux d’intérêt et peut-être faciliter ultérieurement leur baisse. Pourtant, l’activité résiste mieux que prévu et les marchés du travail continuent d’afficher des tensions – taux d’emploi élevés et taux de chômage faibles – qui entretiennent le niveau de l’inflation sous-jacente. Ce qui s’accompagne par voie de conséquence de gains de productivité très faibles, voire nuls.

Ainsi les politiques monétaires devront-elles poursuivre, avec beaucoup de prudence toutefois, leurs hausses de taux d’intérêt. Et a minima maintenir longtemps – plus longtemps que ne l’anticipent les marchés financiers – ce niveau de taux d’intérêt. Les causes de cette prudence impérative sont multiples. Les nouvelles conditions financières sont en effet resserrées et œuvrent par elles-mêmes au ralentissement du crédit et de l’économie. Les taux d’intérêt sont ainsi plus élevés, les primes de risque (« spreads ») plus importantes, les conditions d’octroi des crédits plus strictes, la liquidité à laquelle accèdent les banques moins abondante, etc. Il n’est donc pas absolument nécessaire de durcir encore fortement la politique monétaire. Les petits pas seront dorénavant de mise, avec une étude entre chaque décision de toutes les données disponibles, pour n’en faire ni trop ni trop peu.

Mais avant tout, les banques centrales sont évidemment rendues très prudentes par les vulnérabilités du système financier dans son ensemble. Certes les manifestations récentes de cette instabilité avaient des causes partiellement idiosyncratiques. La Silicon Valley Bank était mal gérée et sous-supervisée. La multiplication simultanée des cas et la contagion qui en a résulté montrent cependant le caractère potentiellement systémique de ces événements. Les taux longs trop bas trop longtemps ont conduit à une forte vulnérabilité de beaucoup de bilans. Au passif, parce que nombre d’entreprises et d’États, voire de particuliers, tant dans les pays avancés qu’émergents, ont pu s’endetter sans douleur apparente, jusqu’au surendettement avéré lorsque les taux d’intérêt se normalisent. À l’actif, parce que pour rechercher un peu de rendement en des temps de taux nuls, voire négatifs, les investisseurs finaux, directement ou à travers les divers gestionnaires d’actifs, ont été incités à prendre de plus en plus de risques, que ce soit par un allongement des maturités des actifs achetés, par une dissymétrie plus forte entre la duration de l’actif et du passif, par l’acceptation de risques de crédit ou actions plus élevés, par du levier toujours plus fort, etc. La remontée rapide des taux a rompu brutalement avec cette longue période de taux trop bas (id. inférieurs au taux de croissance), pendant laquelle l’accumulation de ces fragilités s’est réalisée. Aujourd’hui, les fortes bulles immobilières mondiales semblent de plus en plus vulnérables et le marché des actions connaîtra une chute d’autant plus forte qu’il continuera longtemps d’ignorer les effets progressifs du resserrement généralisé des conditions financières. Et le risque d’insolvabilité de nombreux acteurs très endettés a fortement monté.

Les banques centrales sont fort conscientes de cet état de fait, comme des risques engendrés par une situation géopolitique très tendue, entraînant entre autres une fragmentation coûteuse des zones économiques. Et bien que les banques en moyenne soient bien plus solides que lors de la grande crise financière, le « shadow banking » restant quant à lui nettement moins réglementé, les responsables de la politique monétaire redoubleront de prudence, mais préserveront leur indispensable crédibilité dans leur lutte contre l’inflation.

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L’interview de l’Hémicycle : stratégie bancaire, inflation et crises financières

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Banque Crise économique et financière

Les banques changent de paradigme économique et financier

De fortes évolutions macrofinancières se sont produites à la sortie de la pandémie. Comment impactent-elles les métiers bancaires ?

Aujourd’hui, l’inflation est revenue et elle n’est pas que transitoire. Elle implique une remontée des taux d’intérêt, pour partie par le mouvement spontané des marchés financiers pour protéger peu ou prou les rendements réels des placements – même si les marchés semblent surestimer la rapidité et l’intensité de la baisse de l’inflation sous-jacente – et davantage encore par le changement de politique monétaire qui s’est imposé, avec la remontée des taux directeurs des banques centrales – qui sera pour les mêmes raisons probablement plus forte et sans doute plus longue que celle anticipée par les marchés – et la sortie lente mais régulière et programmée du « quantitative easing ».

Ces forts changements macro-financiers modifient en profondeur l’environnement dans lequel évoluent les banques. Par là-même, ils tendent de façon délibérée les conditions financières (taux de crédit, comme appétit au risque des prêteurs, primes de risque…) qui sont celles que ressentent tous les agents économiques. Et ce, afin précisément de réduire l’inflation. Notons par ailleurs que les marchés financiers, notamment boursiers, semblent sous-estimer l’effet sur l’économie de ce resserrement des conditions financières, ce qui pourrait provoquer plus tard une révision d’autant plus brutale des valorisations que cette prise en compte tarde.

Analysons donc les effets de ce changement de paradigme macro-financier pour les banques.

La liquidité

Pendant la crise de l’euro, les banques manquaient de liquidité. Les banques américaines avaient pratiquement d’ailleurs cessé de prêter aux banques européennes. Puis, à la sortie de la crise de la zone euro, avec les politiques de TLTRO, de « quantitative easing », etc., la liquidité était devenue surabondante et les surliquidités bancaires étaient devenues coûteuses, avec la politique de taux négatifs de la Banque centrale européenne (BCE). Le taux de la facilité de dépôt (taux de placement de la monnaie banque centrale détenue par les banques) a atteint – 0,5 %. Il s’agissait alors pour les banques d’éviter de détenir trop de liquidités.

Mais la remontée régulière des taux directeurs de la BCE, la sortie progressive dès mars de cette année en zone euro du « quantitative easing » – le « quantitative tightening » –, comme la fin progressive des TLTRO, changent la donne. La FED a commencé son « quantitative tightening » depuis juin 2022.

Cela signe la fin de la liquidité très abondante. C’est également la fin de l’argent gratuit. Et la fin de l’argent magique du même coup. Les conséquences immédiates en sont une montée de la compétition entre les banques pour attirer dans leur bilan les dépôts des clients, donc une montée accélérée de leur coût de ressources clientèle, tandis que le refinancement sur les marchés financiers a connu également un renchérissement marqué, avec la politique d’élévation des taux d’intérêt des banques centrales elles-mêmes.

Enfin, ces deux-trois dernières années ont connu une forte croissance des dépôts bancaires de par le soutien des pouvoirs publics aux entreprises et aux ménages pendant la pandémie – soutien lui-même permis par le financement du surcroît induit de la dette publique par la Banque centrale – et de par la chute temporaire des dépenses pendant les confinements. Ce phénomène a disparu. Poursuivre la croissance des crédits, sans faire davantage appel aux marchés financiers, demande donc à chaque banque une politique plus active de collecte des dépôts. Ce qui, au niveau des banques prises dans leur ensemble, renchérit mécaniquement déjà l’accès aux ressources clients, outre l’effet de la hausse des taux par la BCE.

La marge nette d’intérêt évolue

En apparence, ce sujet est paradoxal. Auparavant, les banques expliquaient à juste titre que l’effet taux d’intérêt sur leur MNI était négatif lorsque les taux longs se rapprochaient des taux courts, eux-mêmes tangentant zéro. Et effectivement, cette évolution de la structure des taux d’intérêt a été coûteuse pour les banques. Le taux de marge nette d’intérêt a ainsi été divisé environ par deux ces dix dernières années, les taux de la production de crédits et les taux de collecte des dépôts se rapprochant et tendant dangereusement vers zéro. Quelle industrie supporte-t-elle de diviser par deux ses taux de marge ?

Aujourd’hui, les taux montent et les banques commerciales énoncent que leur taux de marge nette d’intérêt en sera à nouveau transitoirement affecté. À la hausse comme à la baisse, notamment en France, les mouvements de taux seraient-ils donc défavorables aux banques ? Non. Mais, effectivement, pendant 12 à 18 mois environ, le coût des dépôts – notamment celui des livrets réglementés dont les taux sont fixés par des règles intégrant l’évolution du taux d’inflation – augmente plus vite que le rendement des crédits, parce que, par exemple en France, les encours de crédit dans les bilans des banques de détail sont pour beaucoup d’établissements plus à taux fixe qu’à taux variable, eu égard à l’importance des crédits aux particuliers, aux professionnels et aux PME qui empruntent globalement à taux fixe. Les ETI comme les grandes entreprises, quant à elles, empruntent davantage à taux variable et gèrent par elles-mêmes leur risque de taux d’intérêt.

Ainsi, plus les banques ont d’épargne réglementée (Livret A, etc.) à leur passif et de crédits immobiliers (à taux fixe en France et d’une durée de 20-25 ans) à l’actif, plus la hausse des taux d’intérêt détériore leur taux de MNI, et ce plus longtemps.

Cependant, à environ 18 mois, même pour ces banques, le rendement de l’actif remonte au-dessus du coût du passif, c’est-à-dire de leurs ressources. Reste que l’effet taux d’intérêt ne s’établira positivement après cette période de transition que si la structure des taux est normale, c’est-à-dire si les taux longs sont plus élevés que les taux courts. Une situation de taux inversée, généralement et heureusement non durable, est coûteuse pour les MNI bancaires, puisque, en ce cas, la production des crédits à moyen-long terme à taux fixe se réalise à des taux inférieurs aux coûts des dépôts qui sont indexés implicitement ou explicitement (pour les livrets réglementés) sur les taux courts et sur l’inflation.

La plupart des banques de détail ayant pour clientèle des particuliers, des professionnels et des PME ont donc connu un dernier trimestre 2022 plus difficile et connaîtront une année 2023 en retrait. Au cours de 2024, sous réserve d’une courbe des taux normale, leurs comptes de résultat devraient à nouveau s’améliorer.

L’effet volume sur la MNI bancaire pourra également être moins favorable, la moindre croissance et l’effet de la hausse des taux sur la demande de crédit pouvant conduire à une moindre production de crédits.

Le retour du coût du risque

2023 sera donc une année où la liquidité sera plus tendue et où, en moyenne, les banques commerciales connaîtront des baisses de leur taux de MNI. Elle sera également très probablement une année de remontée du coût du risque de crédit. Nous avons en effet connu ces dernières années un abaissement du coût du risque de crédit.

Les taux longs, très bas, trop bas, pendant trop longtemps, ont en effet conduit des entreprises à survivre alors qu’elles auraient disparu si les taux s’étaient établis à des niveaux « normaux » (égaux au taux de croissance nominal). Ce que l’on appelle dans la littérature économique des « entreprises zombies ».

De plus, à juste titre, les pouvoirs publics ont soutenu les entreprises pendant la pandémie, pour protéger la capacité de production nationale et les emplois, en faisant, en France par exemple, distribuer des prêts garantis par l’État (PGE). Or, parmi celles qui en ont bénéficié, plusieurs auraient naturellement disparu sans ces aides. Le début du remboursement de ces PGE en conduira indubitablement certaines à ne pas survivre.

Ne doutons pas en outre qu’avec des taux qui remontent et qui se normaliseront sans doute vers les 4 %, à travers les cycles, ces « entreprises zombies » ne pourront pas résister. De même que celles supportant des leviers trop importants. D’où une remontée irrépressible et normale du coût du risque à venir pour les banques.

L’année 2023 marquera donc pour les banques de détail un recul probable de leurs résultats. Et l’inflation impactant les frais généraux de toutes les entreprises ne pourra se répercuter de la même manière sur la tarification bancaire. Mais, si l’économie ne rentre pas en récession – elles semblent bien résister jusqu’alors et les anticipations de croissance s’améliorent – et si les bulles immobilières mondiales ne se dégonflent pas brutalement, de même que si les valorisations boursières élevées ne connaissent pas un changement prononcé et soudain d’opinion, les banques commerciales pourront au cours de 2024 commencer à voir leurs résultats s’améliorer à nouveau. Elles seront alors à même de continuer à contribuer activement au financement de la croissance économique.

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La trajectoire des résultats de la BRED depuis 2012 valide la stratégie de Banque sans distance