La France doit s’en sortir par elle-même

21.10.2026 3 min
La France ne peut plus se permettre de différer les réformes indispensables au redressement de ses finances publiques. Face à la montée de la défiance des investisseurs, il est urgent d’agir avec lucidité et sens des responsabilités. Car la France ne pourra durablement compter que sur elle-même pour éviter une crise majeure, préserver son modèle social et protéger la cohésion européenne. Article publié dans Les Échos le 19 octobre 2026.

La France ne peut plus attendre. La très récente et très forte hausse de la prime de risque sur la dette française constitue un signal d’alarme majeur. Les investisseurs internationaux portent un regard de plus en plus inquiet sur la trajectoire de nos finances publiques. Le danger est celui d’une spirale cumulative : la hausse des taux renchérit le financement de l’Etat, alourdit la charge de la dette et creuse le déficit, qui nourrit à son tour la défiance des investisseurs. Le retour de la confiance exige d’urgence un engagement ferme à réaliser des réformes structurelles crédibles qui démontrent notre capacité à sortir du déni et à redresser les comptes publics sans étouffer la croissance.

Trois priorités s’imposent. Réformer le système de retraites : le vieillissement démographique implique d’adapter la durée de la vie professionnelle. Dans un système par répartition, la hausse du nombre de retraités relativement aux actifs ne peut être durablement compensée par des cotisations supplémentaires ou des pensions réduites.

La désindexation des pensions peut contribuer à un ajustement immédiat. Mais elle n’est qu’un expédient, rendu nécessaire par notre incapacité à réformer. Si elle perdurait, elle asphyxierait les retraités et minerait la confiance des retraités comme des actifs dans le système par répartition. Elle ne doit enfin surtout pas servir à différer une nouvelle fois la réforme indispensable.

La France ne peut durablement faire exception à l’évolution engagée dans tant d’autres pays européens, comme vient de le rappeler Paul Krugman, économiste américain progressiste. Il pense tout à fait possible que le non-contrôle de la dette et le déni français vis-à-vis du caractère indispensable du recul de l’âge de la retraite déclenchent une crise financière majeure et fragilisent la construction européenne.

Augmenter le taux d’emploi des jeunes et soutenir la productivité : favoriser l’emploi à tous les âges, mieux former les salariés, monter de façon déterminée le niveau scolaire et renforcer la compétitivité des entreprises sont des conditions essentielles pour relever notre croissance potentielle et financer durablement notre modèle social.

Maîtriser la dépense publique et en améliorer l’efficacité : il ne s’agit pas de couper indistinctement dans les services publics, mais de réexaminer les dispositifs inefficaces, les doublons et les dépenses dont les résultats ne justifient pas le coût. Une trajectoire pluriannuelle, chiffrée et crédible doit permettre de stabiliser progressivement les finances publiques, sans sacrifier les investissements utiles ni la cohésion sociale. Il faut sortir de la course-poursuite entre dépenses publiques et prélèvements qui nous a amenés à des niveaux insoutenables que l’on ne peut ni ne doit plus augmenter. Elle a affaibli notre compétitivité et les incitations au travail, et nous a conduits à une trajectoire de dette incontrôlée. La responsabilité budgétaire et la maîtrise du taux d’endettement ne sont pas les ennemis de la protection sociale. Au contraire.

La France peut encore in extremis éviter la crise, en choisissant de se redresser. Mais cette marge de manoeuvre se réduit comme peau de chagrin à mesure que la défiance financière s’installe. Un programme cohérent et engageant de réformes, tournant enfin le dos au déni, pourrait restaurer la confiance et faire retomber rapidement notre inquiétante prime de risque. Et conduire les investisseurs à donner le temps nécessaire à ce changement de trajectoire.

Politiquement infaisable ? L’Assemblée nationale doit bien prendre la mesure de cet immense enjeu. La France, trop grosse pour être abandonnée mais aussi trop grosse pour être sauvée sans dissensions au sein de l’Europe et sans conditions drastiques, doit donc sortir par elle-même de la très mauvaise situation où elle s’est mise. Il est urgent de s’engager en responsabilité pour éviter la grave crise qui pointe, dont la conclusion inéluctable serait une amère cure d’austérité aux effets longs et douloureux. Mais aussi la mise en risque de la cohésion européenne. Saura-t-on l’éviter ?

Professeur d’économie à HEC