Vieillissement : la solution passe d’abord par le taux d’emploi

10.09.2026 3 min
Le vieillissement est inéluctable. La baisse du nombre d’actifs ne l’est pas. Face au choc démographique, la France dispose d’un levier qu’elle peut mobiliser dès maintenant : augmenter le taux d’emploi. Une population qui vieillit ne condamne en effet pas notre modèle social. Un taux d’emploi trop faible, si. Face au vieillissement, l’urgence est donc d’augmenter le nombre. Le taux d’emploi français , on le sait , est faible par rapport à celui des pays mieux portants, notamment pour les jeunes et pour les seniors .

Le nouveau rapport démographique de la Commission européenne confirme une tendance de fond : l’Europe entre dans une phase durable de vieillissement et de recul de sa population. La population de l’Union devrait culminer autour de 453 millions d’habitants en 2029 avant de retomber à environ 399 millions en 2100. Cette évolution, liée à la baisse de la fécondité et à l’allongement de l’espérance de vie, modifiera profondément la structure par âge de nos sociétés. Les conséquences économiques sont considérables : tensions sur le marché du travail, progression des dépenses de santé, fragilisation des systèmes de retraite et pression croissante sur les finances publiques.

Trois leviers permettent d’en limiter les effets : une immigration s’accompagnant d’un fort taux d’emploi, des gains de productivité plus élevés et une augmentation du nombre de personnes effectivement au travail. Le premier ne peut suffire à lui seul. Le deuxième est indispensable, mais il ne se décrète pas. Il dépend de l’innovation, de l’investissement, de l’éducation et de la capacité à diffuser rapidement et largement les bénéfices des nouvelles technologies.

Reste un levier immédiatement mobilisable : l’emploi. La Commission européenne souligne qu’un rapprochement des taux d’activité des États membres vers les meilleurs niveaux observés en Europe réduirait fortement l’impact économique du vieillissement. Le taux d’emploi des 15-64 ans dépasse ainsi 80 % en Suède et aux Pays-Bas, contre 77,4 % en Allemagne, 76,9 % au Danemark, 71,8 % en moyenne dans l’Union européenne et seulement 68,8 % en France.

Le volume total d’heures effectivement travaillées par habitant apporte un éclairage complémentaire. Il combine la démographie, le taux d’emploi, le recours au temps partiel et la durée annuelle du travail. La France se situe environ 14 % en dessous de la moyenne européenne. Elle cumule ainsi un taux d’emploi trop faible et une durée annuelle de travail des salariés à temps complet inférieure d’environ 7 % à la moyenne européenne.

Cette réalité est décisive pour l’avenir de notre modèle social. Un État-providence généreux suppose une base productive et contributive suffisamment large. Plus le nombre d’heures travaillées par habitant est élevé, plus il est possible de financer durablement des services publics de qualité et une protection sociale ambitieuse sans accroître indéfiniment les prélèvements ou l’endettement. La croissance potentielle, le niveau de vie et la soutenabilité des finances publiques en dépendent directement. Et, in fine, la remontée du taux d’emploi est également favorable à la cohésion sociale.

La France est particulièrement concernée. Depuis le début des années 2000, son PIB par habitant a décroché par rapport à la moyenne européenne, davantage encore vis-à-vis de l’Allemagne et des pays nordiques, tandis que sa situation budgétaire s’est continuellement dégradée. Une hausse du taux d’emploi aurait donc un impact macroéconomique majeur. En se rapprochant du niveau allemand, la France améliorerait sensiblement ses finances publiques, au niveau des Pays-Bas, les simulations montrent qu’elle pourrait presque résorber son déficit primaire. Elle contribuerait aussi à rétablir l’équilibre financier de notre système de retraite.

La réforme des retraites ne doit donc pas être envisagée seulement comme un moyen de préserver le système de retraite par répartition. Elle participe d’une stratégie économique plus large visant à accroître le nombre d’actifs, relever le potentiel de croissance, améliorer le niveau de vie et restaurer durablement nos finances publiques. Pour la France, l’enjeu dépasse ainsi la seule question des retraites: il engage notre prospérité future, la pérennité de notre protection sociale et, au-delà, notre souveraineté financière.

Olivier Klein
Professeur d’économie à HEC
Auteur du livre « Dette, réformes et démocratie. Sortir du cercle vicieux français »