Politique de l’offre: sortir des faux procès

Le débat français sur la politique économique à mener a souvent été biaisé par des opinions quelque peu dogmatiques. Une suspicion envers toute mesure favorable à l’offre a conduit à privilégier des relances par la demande ou à juger le soutien à l’offre comme un cadeau aux entreprises ou aux « riches », jusqu’à affirmer que ces mesures seraient responsables de l’accroissement du déficit fiscal.
Or, es effets mécaniques de la baisse des taux de prélèvements et la hausse de la base imposable, les effets nets sur le déficit public sont faibles, voire négligeables.
Aujourd’hui, alors que la capacité productive, la compétitivité et la dynamique de croissance font défaut, pour améliorer l’emploi, le pouvoir d’achat et préserver notre modèle social, c’est une véritable politique de l’offre, cohérente et équilibrée, qu’il nous faut. Loin des anathèmes.

Article publié dans Les Échos le 20 janvier.

Le débat français sur la politique économique à mener a souvent été biaisé par des opinions quelque peu dogmatiques. Une suspicion envers toute mesure favorable à l’offre a conduit à privilégier des relances par la demande ou à juger le soutien à l’offre comme un cadeau aux entreprises ou aux « riches », jusqu’à affirmer que ces mesures seraient responsables de l’accroissement du déficit fiscal.

Les détracteurs de la politique de l’offre en France soulignent ainsi un bilan jugé décevant : croissance faible malgré des allègements fiscaux, déficit public creusé, productivité en recul. Or, comme le montre Elie Cohen dans une note publiée par Telos en décembre, des études de l’Insee et de l’Institut des Politiques Publiques suggèrent que, entre les effets mécaniques de la baisse des taux de prélèvements et la hausse de la base imposable, les effets nets sur le déficit public sont faibles, voire négligeables. Pour la réduction du taux de l’impôt sur les sociétés, le PFU ou la transformation de l’ISF en IFI, les évaluations concluent à un impact budgétaire limité, de l’ordre de quelques milliards d’euros, loin des « dizaines de milliards » parfois avancées.

En d’autres termes, l’évolution des déficits publics tiennent bien davantage à la dynamique des dépenses – dépenses nouvelles non financées et chocs exceptionnels, sanitaires ou énergétiques – qu’aux baisses ciblées de prélèvements sur le capital et les entreprises. Celles-ci ont d’ailleurs souvent été décidées pour compenser une pression fiscale très élevée, liée à notre modèle social protecteur, qui induirait sans correction un manque accru de compétitivité et d’attractivité. En outre, malgré ces baisses, les entreprises françaises restent taxées de 4,4 points de valeur ajoutée de plus que leurs concurrentes des grands pays européens, selon Rexecode.

Par ailleurs, ce qui a été présenté comme une politique de l’offre en France – CICE, allègement des charges sur les bas salaires, baisse de l’IS ou PFU – a surtout été une politique fiscale de l’offre, sans accompagnement suffisant en matière de réformes structurelles. Et, même si ces mesures ont très positivement contribué à remonter le taux d’emploi, les réformes concernant l’éducation, la formation professionnelle, la réglementation ou encore le système de retraite demeurent essentielles pour accroître la productivité, l’emploi, donc la croissance à moyen terme.

Certaines économies européennes montrent qu’une politique de l’offre bien conçue peut être très efficace. L’« Agenda 2010 » allemand et les lois Hartz ont combiné flexibilité du marché du travail, formation et soutien à l’innovation, contribuant à une hausse durable de l’emploi et à un net renforcement de la compétitivité. Les pays scandinaves ont également renforcé leur capacité productive tout en conservant des filets sociaux robustes ; la flexi-sécurité danoise, qui assure la sécurité à la personne et la flexibilité à l’entreprise, en est une illustration.

Enfin, la politique de l’offre et la politique de la demande ne s’opposent pas. Une relance de la demande peut être nécessaire en période de récession ou de croissance inférieure au potentiel, à condition que des capacités de production soient disponibles dans les secteurs où la demande peut rebondir. À défaut, elle alimente le déficit commercial puis, faute de croissance interne, le déficit public et la dette. À l’inverse, lorsque l’économie souffre de faiblesses structurelles de l’offre, ce sont les mesures améliorant production, compétitivité, formation et innovation qui créent durablement emplois et revenus.

En France, la difficulté tient à une mauvaise compréhension de la légitimité des deux approches. Penser que l’une exclut l’autre conduit à des impasses. Aujourd’hui, alors que la capacité productive, la compétitivité et la dynamique de croissance font défaut, pour améliorer l’emploi, le pouvoir d’achat et préserver notre modèle social, c’est une véritable politique de l’offre, cohérente et équilibrée, qu’il nous faut. Loin des anathèmes.

Olivier Klein
Professeur d’économie à HEC

Président de la section française de la LECE