Alerte sur les finances publiques françaises : le consensus des grandes institutions

Ci-dessous mon article publié par Les Échos le 20 juillet « Alerte sur les finances publiques françaises. Le consensus des grandes institutions »
Quatre grandes institutions, quatre analyses indépendantes, une même conclusion : la trajectoire actuelle des finances publiques françaises n’est pas soutenable à long terme. Leur convergence constitue un avertissement qui ne peut plus être ignoré.

Il est rare que le FMI, la Commission européenne, la Cour des comptes et l’OCDE tiennent, à quelques semaines d’intervalle, un discours quasiment identique. C’est pourtant ce qui vient de se produire à propos des finances publiques françaises. Ces institutions n’ont ni le même mandat, ni les mêmes responsabilités. Pourtant, leurs diagnostics convergent de façon remarquable : la France n’est pas confrontée aujourd’hui à une crise de financement, mais la trajectoire actuelle de ses finances publiques ne garantit pas la soutenabilité de sa dette.

Le FMI souligne que le taux de dette publique, déjà élevé, continue de progresser, avec un déficit qui reste important. Il appelle à une stratégie budgétaire pluriannuelle plus crédible, fondée sur des mesures précises et chiffrées, sur une meilleure maîtrise de la dynamique des dépenses et sur des réformes structurelles favorables à la croissance, tout en protégeant les plus vulnérables.

La Commission européenne, dans le cadre de la procédure de déficit excessif, rappelle que la France reste l’un des pays les plus déséquilibrés de la zone euro sur le plan budgétaire. Elle insiste sur la nécessité de contenir durablement la progression des dépenses publiques, tout en préservant les investissements indispensables à la compétitivité, à la transition énergétique et à la défense. Elle souligne également que les prélèvements obligatoires sont déjà parmi les plus élevés d’Europe, ce qui impose de veiller à la composition de l’ajustement pour ne pas freiner l’activité.

La Cour des comptes dresse un constat tout aussi sévère. Elle souligne que le déficit en 2025 demeure très élevé, que la dette atteint des niveaux record et que la charge d’intérêts s’impose comme l’un des premiers postes de dépense. Elle constate que la réduction récente du déficit repose largement sur des hausses d’impôts et de cotisations sociales, tandis que les économies de dépenses restent peu structurelles. Elle appelle à un changement de méthode, fondé sur des économies durables, une meilleure hiérarchisation des priorités et une plus grande efficacité de la dépense publique.

L’OCDE, enfin, rappelle que la France combine un niveau notablement très élevé du taux des dépenses publiques, un déficit primaire important et persistant depuis plus de vingt ans et un taux d’emploi inférieur à celui des pays européens les plus performants. Elle recommande de poursuivre les réformes des retraites, de renforcer les incitations au retour à l’emploi -notamment pour les seniors -et d’améliorer la productivité de la dépense publique, Elle insiste, elle aussi, sur la nécessité de préserver les investissements d’avenir.

Au-delà des nuances de vocabulaire, le message commun est clair. Le déficit public français n’est pas conjoncturel mais structurel. Il nécessite donc des mesures structurelles. Dans un pays où le taux de prélèvements obligatoires figure déjà parmi les plus élevés du monde, le redressement budgétaire doit privilégier les réformes permettant d’augmenter le potentiel de croissance, les économies récurrentes et l’amélioration de l’efficacité de la dépense, plutôt que des hausses d’impôts généralisées et désincitatives. La dette publique n’est enfin pas présentée comme une fatalité, mais comme le résultat d’une longue série d’arbitrages – ou de non-arbitrages – qui peuvent et doivent être revus.

Lorsque quatre institutions aussi différentes convergent à ce point, ce n’est plus une opinion parmi d’autres. C’est un signal fort. Et, en effet, le taux d’endettement public est passé de près de 60% en 2000 à 117,5% à fin mars de cette année, soit un quasi-doublement et une augmentation bien plus forte que celle de la moyenne des pays de la zone euro. Le déni n’est plus une option. La question n’est plus de savoir s’il faut redresser durablement les finances publiques françaises, mais de savoir si ce redressement sera choisi ou subi. S’il sera fait quand il en est encore temps ou dans le feu de la crise.

Olivier Klein
Professeur d’économie à HEC
Auteur du livre Dette, réformes et démocratie. Sortir du cercle vicieux français